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En haut : Luis Diferr devant sa table à dessin. Un Voyage de Loïs entièrement consacré au Portugal. Sujet bien évidement complexe et riche que seul un architecte portugais pouvait maîtriser. Le résultat est techniquement et graphiquement de grande qualité. Ci-dessus : notre ami, Jorge (Lion de Lisbonne) avec Jacques Martin en 2005. Il est probablement le grand alixophile de nous tous.

Ci dessous : quelques vues de Lisbonne réalisées par Luis. Cliquez sur les images pour les agrandir au format PDF. Des reproductions de meilleure qualité vous seront proposées d'ici les prochaines semaines.

 

 


L'occasion était trop belle ! Ayant eu vent d'un futur voyage
de Loïs consacré à Lisbonne, nous avons demandé à notre ami
portugais, Jorge Fernandes, alias Lion de Lisbonne, de rencontrer
le dessinateur Luis Diferr. Notre ami Lion a réalisé une très interessante
interview, pleine de passions et des remarquables dessins de Luis Diferr, qui reconstitue Lisbonne à l'époque du roi Louis XIV. Après le très joli "Versailles, sous Louis XIII" de Presti et Pâques, Loïs continue donc de nous instruire et nous faire rêver dans ce passé architecturale , dont heureusement, il nous reste encore des monuments !!

Par notre correspondant Jorge dit "Lion de Lisbonne"

Comment vous, un Portugais, en êtes-vous venu à dessiner un album des voyages de Loïs ?
En Novembre de 2002, Jacques Martin, Rafael Morales et Jimmy Van denHautte (responsable éditorial de Jacques Martin chez Casterman) sont venus au Portugal, au festival de BD à Amadora (aux environs de Lisbonne), invités par ASA, l'éditeur Portugais d'Alix. Ils ont donné une conférence de presse et la responsable d'ASA m'a invité à prendre un café avec eux. Je leur ai alors montré quelques dessins. Pendant que Jacques Martin et Rafael Morales participaient à une séance d'dédicaces, Jimmy est resté et m'a expliqué quel était son boulot, puis m'a proposé ensuite de réaliser un album de la série "Les voyages de Loïs", sur Lisbonne ou sur le Portugal. A l'époque, le premier épisode de cette série, en BD, n'était pas encore sorti!

Qui a écrit les textes pour l'album ?
Jacques Martin est le créateur du plan général des "Voyages", sur lequel j'ai établit mon propre plan, qu'il a approuvé. C'est donc moi qui écrit les textes...en français ! En ce qui concerne le dessin, je cherche à être le plus proche possible du style Martin, mais sans chercher à le copier. Au début, Jacques Martin accompagnait mon travail, mais maintenant c'est un comité chez Casterman qui le fait ; en tout cas, pour l'organiser et le produire, je ne compte que sur moi-même. Une des raisons pour lesquelles Jimmy m'a engagé c'est qu'il valait mieux engager un Portugais, qui était sur place, plutôt qu'un Belge. Il y a tout un travail qui dépasse largement le cadre purement graphique. Une investigation énorme sur documents, costumes, architecture, moyens de transport, etc., doit être réalisée. Les textes et les dessins doivent être complémentaires et doivent être faits presque simultanément ! Il y a aussi les photos (des centaines, en ce moment !). Les plus importantes apparaîtront dans le livre, les autres ne serviront qu'a mon travail. Donc toute la partie productive, texte et dessin, est de ma responsabilité. De Belgique ne viennent que des indications sur ce qu'il convient d'améliorer, de modifier ou d'ajouter.

Comment se déroulent les contacts entre vous et Casterman ? Quel accompagnement font-ils de votre travail ?
Les contacts ont lieu par courrier ou par téléphone car je n'ai pas internet. Le travail, est, dans une phase préliminaire, envoyé à Bruxelles, et après leur feu vert, je dessine les originaux à l'encre de Chine. Puis, je les renvoie à Bruxelles où le coloriage est effectué !

Parlez-moi un peu de votre parcours, en tant que dessinateur ? Quand et comment avez-vous commencé, professionnellement ?
Je suis autodidacte ; j'avais onze ans quand j'ai décidé de devenir auteur de BD. Le grand responsable en a été Jacobs, " La Marque Jaune " fut pour moi un vrai "coup de foudre". D'autres auteurs ont été fondamentaux dans ma décision : Hergé, depuis très tôt, et aussi Jacques Martin, dont le travail m'a particulièrement émerveillé ! J'ai d'ailleurs lu Alix en français ! Je garde toujours la première page que j'ai réalisé à l'encre de Chine, au pinceau, où l'on sent les influences de Jacques Martin et de Craenhals. J'avais 14 ans. Il y a des dessins qui ont été copiés du "Tombeau trusque" et "La Corne de Brume". Il faut dire que ce fut pour moi une grande surprise de découvrir que les planches devraient être repassées à l'encre de Chine. naïvement, je croyais qu'on l'utilisait seulement pour faire du dessin géométrique ! C'est ce que j'avais appris à faire au lycée et je dessinais juste au crayon. J'ai enfin découvert l'explication pour le mystère des traits nets et noirs dans un livre fabuleux, que j'ai acheté à cette époque et qui s'intitulait "Comment on devient créateur de Bandes Dessinées", où Franquin et Gillain répondaient aux questions de Philippe Vandooren.

Ma première publication (payée !)date de novembre 1971, j'avais alors 15 ans, dans un journal de Lisbonne ("O Século"). C'était le début d'une série d'histoires en "strips" appelée "l'Ours". En 1975, j'ai collaboré à une petite revue de l'éditeur Abril, à Sao Paulo, pour laquelle j'ai dessiné une histoire de science-fiction humoristique en 9 planches à la couleur "mécanique" (c'était avant Photoshop !...). Par la suite, j'ai pensé devenir professionnel chez le même éditeur mais la structure ne me plaisait pas. On m'a proposé un travail au "label" Disney, où chaque collaborateur avait sa tâche: l'un s'occupait du scénario, un autre de la mise en page, un troisième du crayonné, un quatrième de l'encrage, etc.. J'étais le troisième et ça m'a embté. Au lieu de cela je suis devenu Architecte !... En 1984, au Salon de BD de Barcelone, on me propose de publier une illustration style science-fiction à la couverture de la revue "Metropol" - ce qui a marqué mon début comme illustrateur ! - et de dessiner une histoire d'Enrique Sanchez Abuli, l'auteur de Torpedo. Je reçois donc une petite histoire en 6 pages, qui était vraiment curieuse et très intéressante. Mais l'éditeur a, par manque d'argent, mis la clef sous la porte et je n'ai fini cette histoire que des années après. Ce fut là ma première expérience internationale, avec un auteur que je n'ai jamais connu personnellement ! En 1992 débute une nouvelle collaboration, cette fois avec le scénariste Belge, Benot Despas, pour les Editions du Lombard, et encore une fois, le projet tombe à l'eau !

En 1991, ASA (l'éditeur d'Alix au Portugal) a fait paraître mon premier album BD : "L'Homme de Neandertal", 54 planches en couleurs, qui m'a valu le Prix du Salon de Lisbonne pour le meilleur dessinateur de l'année. C'est vrai qu'il n'y en avait pas beaucoup de dessinateurs!... La deuxième histoire de cette série, " Les Dieux d'Altaïr -1ère partie " devrait paraître en 1992/1993, mais à cette époque, ASA a passé par de sérieux problèmes économiques, a réduit les avances sur les droits d'auteur à la moitié et finalement a arrêté l'édition de BD. Cette année-là je suis devenu professeur... et le reste encore ! L'album est toutefois paru en 1998, chez un éditeur "indépendant" : Baleiazul. Il a été précédé par une pré-publication dans une mensuel pour la jeunesse. Tout compte faite, on ne peut parler ici que d'un parcours semi-professionnel car, après ASA, je n'ai reçu aucune rémunération sur ce deuxième album, excepté celle de la pré-publication. J'essaye cependant de faire un travail professionnel, de qualité, je fais tout l'effort en ce sens, même si, question rémunération, l'argent que j'ai reçu de la BD est pratiquement nul ! De toute façon, j'entends suivre la même route en Belgique, cette fois-ci payable, bien sr : commencer par l'illustration et ensuite pouvoir faire de la BD - parce que je suis surtout un auteur de BD ! C'est ça ce que j'aime, la BD ; j'aime inventer et raconter des histoires, c'est pour moi quelque chose de fantastique et de magique qui me fascine beaucoup !

Trouve-t-on vos travaux sur le marché Européen ? Avez-vous des projets dans ce sens?

Non, pour les raisons que j'ai déjà citées, il n'y a aucun de mes travaux sur le marché Européen. Cette œuvre des " Voyages de Loïs " me prend plus de temps que prévu , car je suis très méticuleux et rigoureux, caractéristiques que l'on rencontre dans toute l'œuvre de Jacques Martin. J'espère, que dès la fin de ce travail, quelques portes s'ouvriront, en ce qui concerne la BD et l'Europe. J'ai des projets personnels, et l'espoir de les faire avancer !

Etes vous un fan de B.D. ? Quelle est votre opinion sur l'œuvre de Jacques Martin ?
Je ne suis pas vraiment un fan de BD. Quand j'étais jeune, j'en lisais beaucoup, surtout dans l'hebdomadaire " Tintin " (version Portugaise), mais pas aujourd'hui, par manque de temps et d'envie. Cependant, je trouve que la BD est un moyen d'expression fabuleux ! L'œuvre de Jacques Martin a une énorme importance, c'est une œuvre personnelle, ce qui est fondamental, on y trouve des caractéristiques propres indiscutables. A travers son investigation, particulièrement sur l'Antiquité, Martin a apporté une richesse à la BD qui lui manquait. Il a eu une grande influence sur la BD Européenne et s'est différencié des réalisations américaines et même européennes de l'époque. Jacques Martin a trouvé un équilibre, une excellence entre le dessin et l'histoire, qu'on trouve rarement dans la BD. C'est pour ça qu'il est, à mon avis, un auteur complet et fondamental.

Que signifie pour vous le fait de travailler sur un album de séries créées par Jacques Martin ? L'avez-vous déjà rencontré personnellement et quelle a été votre impression ?
Je trouve ce travail très intéressant, il me fait découvrir et dessiner une époque et des sujets que je n'aurais peut-être pas abordé autrement. En plus, la possibilité de travailler avec Casterman ne se présente pas tous les jours. J'avais déjà essayé de travailler avec Casterman, Dargaud, et d'autres éditeurs européens, mais comme pour tout le reste, c'est très difficile, surtout pour quelqu'un qui, comme moi, habite au Portugal ! Quant à l'expérience de travailler avec Jacques Martin, elle est très importante car on peut beaucoup apprendre avec lui. Je l'ai rencontré trois fois, la première en mars 1990, lors d'un Salon près de Lisbonne, la deuxième à Amadora et la dernière chez lui, à Bousval, avec Jimmy, au mois de juillet 2004. Dès que l'on parle avec lui, ou que l'on lit ses interviews, on mesure ses connaissances culturelles et artistiques. Décidément, c'est un caractère assez fort. Il sait parfaitement ce qu'il veut et ce qu'il ne veut pas. Nous avons eu quelques problèmes plus ou moins sérieux, mais tout est rentré dans l'ordre. Comme pour tout dans la vie, il faut savoir composer. A part cela, Jacques Martin est très accessible et très professionnel ; ses réponses, toujours en courrier prioritaire, étaient presque immédiates.

Qu'allez vous faire après cet album? Aimerez-vous poursuivre cette collaboration?
Lorsque ce travail sera terminé je serai soulagé ! Alléluia ! Car c'est très intéressant et j'espère qu'il sera apprécié, mais c'est un travail de forçat ! Après, je compte entreprendre quelque chose d'autre, seul ou en collaboration avec un co-auteur. De toute façon, j'espère profiter des contacts que j'aurais eus chez Casterman. J'ai aussi mes projets ; je l'ai déjà dit, j'aime bien inventer des histoires et les raconter ! Quant à d'autres collaborations, oui, bien sr, pourquoi pas ? Ce genre de travail nous apporte toujours quelque chose de neuf, et l'on peut grandir et aussi accéder à d'autres marchés.

On sait déjà que la BD n'est pas pour vous un emploi à temps complet, est-il donc impossible d'en vivre au Portugal ?
Absolument ! Seuls un ou deux auteurs ont réussi à le faire, et pas pour longtemps. Le travail que je fais actuellement pour les "Voyages de Loïs" devrait être réalisé à temps plein, mais je cumule ce travail avec mon métier de professeur de " Géométrie Descriptive " (Luis Diferr est Architecte), et conjuguer les deux choses est loin d'être évident. Personnellement je pense que l'aventure de la B.D. n'a de sens que si la qualité est au rendez-vous et il faut pour cela s'investir à temps plein afin de créer une œuvre intéressante, qui ne s'arrête pas après un ou deux albums, mais une œuvre où les albums se succèdent de façon à ce que chacun s'insère dans une continuité et se renforce. Du point de vue du lecteur les personnages gagnent une autre dimension, une autre valeur, quand elles existent dans une série, plutôt que d'apparaître dans un seul album. La possibilité de créer un monde qui évolue est une des richesses de la BD, tant pour le lecteur que pour l'auteur. Je n'ai malheureusement pas eu cette possibilité si ce n'est lors de la brève période où j'ai travaillé pour ASA sur "L'Homme de Neandertal ", mais j'espère vivre une nouvelle expérience dans le domaine de la BD ! "Wait and see", dirait le Professeur Mortimer !

Merci Luis de ce sympathique entretien.
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